Guerre de la drogue
à Anvers
Anvers est devenue la principale porte d\u2019entrée de la cocaïne en Europe. Avec 121 tonnes saisies en 2023 et un flux réel estimé dix fois supérieur, le port belge a dépassé Rotterdam comme principal terminal narco du continent. Mais cette position a un coût: une guerre chronique entre clans rivaux qui se dispute le contrôle des conteneurs, des extracteurs et des complicités internes. Depuis 2019, Anvers connaît des dizaines d\u2019attaques à la grenade, d\u2019incendies criminels, de fusillades et d\u2019enlèvements.
//Pourquoi Anvers
Le port d\u2019Anvers-Bruges gère plus de 13 millions de conteneurs par an, rendant toute inspection exhaustive physiquement impossible. C\u2019est aussi le principal terminal européen pour les importations de bananes depuis l\u2019Équateur et la Colombie, la cargaison de couverture préférée des trafiquants. Géographiquement, Anvers est également central: de là, la cocaïne peut atteindre l\u2019Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni en une seule journée de camion.
La migration vers Anvers s\u2019est accélérée lorsque Rotterdam a intensifié ses contrôles à la fin des années 2010. Les trafiquants, toujours en adaptation, ont redirigé leurs cargaisons vers les terminaux belges, relativement moins surveillés. En 2020, Anvers a dépassé Rotterdam en saisies annuelles de cocaïne, et cet écart s\u2019est creusé jusqu\u2019en 2024.
//Les clans en guerre
Le contrôle de la cocaïne entrant à Anvers est historiquement partagé entre plusieurs réseaux. La Mocro Maffia - le crime organisé néerlando-marocain - reste dominante, avec les réseaux de l\u2019ère Taghi et leurs successeurs gérant les cargaisons à grand volume. À leurs côtés, des réseaux albanais comme Kompania Bello ont pris des parts de marché considérables depuis la fin des années 2010, exploitant des liens directs avec les producteurs sud-américains. Des courtiers colombiens, équatoriens et balkaniques opèrent également.
Les rivalités entre ces groupes ont produit une campagne soutenue de violence dans la ville d\u2019Anvers même. Fusillades, attaques à la grenade contre les domiciles de membres de clans rivaux, incendies et enlèvements ont transformé certains quartiers en actualité régulière. Les victimes sont souvent des membres de la famille - un emprunt direct des tactiques pionnières de Taghi aux Pays-Bas.
//Les uithalers et la corruption interne
L\u2019extraction physique de la cocaïne des conteneurs est effectuée par les "uithalers" - des jeunes hommes généralement recrutés dans les quartiers d\u2019immigrés d\u2019Anvers avec des promesses d\u2019argent facile. Payés entre 5 000 et 30 000 euros par job, ils entrent dans les terminaux portuaires la nuit, localisent le conteneur marqué à l\u2019aide des coordonnées GPS fournies par des complices corrompus, et retirent la cocaïne avant que le conteneur ne soit ouvert par les douanes. Beaucoup sont mineurs; beaucoup ont été tués ou mutilés par des rivaux, la sécurité ou des accidents.
Les extracteurs dépendent de complices corrompus: travailleurs portuaires, chauffeurs, grutiers, agents des douanes et personnel de sécurité privée qui fournissent les numéros de conteneurs, les codes d\u2019accès aux terminaux et les informations de timing. Les enquêtes belges ont révélé que les réseaux de corruption s\u2019étendent non seulement aux travailleurs manuels mais aussi aux cadres intermédiaires et occasionnellement aux agents de police.
//Sky ECC et la contre-offensive
Le 9 mars 2021, la police fédérale belge a piraté Sky ECC, la plateforme de téléphones chiffrés utilisée par 170 000 criminels dans le monde. L\u2019opération a ouvert 673 dossiers judiciaires en Belgique seule, identifié près de 5 000 suspects et conduit à plus de 1 200 condamnations. Les messages ont révélé l\u2019organisation du clan des Tortues (Schildpadden), dont les membres ont importé 27 tonnes de cocaïne à eux seuls via le port d\u2019Anvers.
Le plan Stroomplan-XL, adopté par le gouvernement belge, vise à rétablir le contrôle sur le port. Il mobilise plus de 700 agents supplémentaires, finance de nouveaux scanners de conteneurs et étend l\u2019enquête sur les réseaux de corruption interne. Pourtant, les saisies continuent de battre des records, et les prix de gros de la cocaïne ont baissé - signe que l\u2019offre reste abondante.
//Anvers aujourd\u2019hui
Malgré les ressources massives investies, Anvers reste le principal nœud du commerce mondial de la cocaïne vers l\u2019Europe. La ville a également pris en charge le coût social de cette position - violence chronique, enfants recrutés comme extracteurs, familles déplacées par les menaces. Le bourgmestre d\u2019Anvers, Bart De Wever, a qualifié la situation de "crise narco" qui menace la stabilité même de la ville. La question n\u2019est plus de savoir si Anvers peut éliminer le trafic, mais si les institutions belges et européennes peuvent contenir ses conséquences tant que la demande européenne de cocaïne reste à ses niveaux historiquement élevés.
Comment Anvers est devenue une zone de guerre entre clans cocaïne rivaux
Infiltration des logistiques portuaires de Rotterdam et d'Anvers
L'organisation albanaise contrôlant une grande part du flux de cocaïne anversois
La plateforme chiffrée qui a exposé les réseaux d'Anvers
> jarima.media // antwerp drug war intelligence